Naviguer par le quartier de réduction

 

déjà, un BLONDEL, en 1671, écrivait :

« LE VERITABLE ART DE NAVIGUER PAR LE QUARTIER DE REDUCTION »

Avec lequel on peut réduire les courses des vaisseaux en mer & enrichir de plusieurs raretés qui n’ont point encore été découvertes. Par le Sieur G. Blondel, S. Saint Aubin

NOTA : Une traduction en espagnol, faite par Antonio de Gaziantep a été éditée à Séville en 1692 dans un format in-folio.

Avant la publication généralisée des cartes à canevas de Mercator, au milieu du XVIIe siècle, la seule façon pour le navigateur de résoudre les problèmes de l’estime était de calculer le chemin parcouru par le navire en latitude et en longitude et cela avec la plus grande précision possible car la détermination du point astronomique n’était encore pas une science exacte. La difficulté de connaître la longitude fut la raison essentielle pour laquelle tant d’efforts furent faits sur la question de la loxodromie c’est à dire du problème de trouver le point d’arrivée estimé, connaissant le point de départ, la direction suivie et le chemin parcouru.

Très tôt, les abaques, instruments graphiques, furent préférés aux livres (tables de point) et c’est ainsi que naquit le « Quartier de réduction » qui permettait de « réduire » les routes en résolvant graphiquement les équations suivantes:

l = m x Cos V
(où  m = distance parcouru, V = Direction suivie par rapport au Nord, l = Changement en latitude)

g = m x Sin v / Cos Lm
(
où Lm = latitude moyenne, g = Changement en longitude, m x Sin V = chemin Est-Ouest parcouru)

Une fois l et g connus, il suffisait de faire les additions suivantes:

La = Ld + l
(
où Ld = Latitude du point de départ, La = Latitude du point d’arrivée)

Ga = Gd + g
(où Gd = Longitude du point de départ, Ga = Longitude du point d’arrivée)

Le quartier de réduction disparut avec l’apparition des cartes de Mercator dites aussi cartes « réduites » que l’on utilise toujours actuellement. Car si ces cartes ont pour but de représenter le dessin des côtes et de se situer par rapport à elles, elles sont aussi un instrument de calcul puisqu’elles donnent une solution graphique au calcul des routes « réduites ».

(Réf: Jean Randier « L’instrument de Marine », Paris, 1978, in-4°; F. Marguet, « Histoire générale de la Navigation », Paris, 1931, in-8 °).

Guillaume Blondel, Ecuyer, Sieur de Saint-Aubin fut un hydrographe distingué qui publia plusieurs ouvrages de science nautique très remarqués au temps où ils parurent. Il existe très peu de renseignements sur la vie de cet homme.

Il naquit à Lillebonne ou à Lintot, en Normandie, entre les années 1625 et 1635. Il habitait Le Havre, lorsqu’il y épousa, le 21 mai 1663, Françoise Vastier, fille de Nicolas Vastier, sieur d’Edreville. Il mourut avant 1694 et demeurait alors à Rouen. Les armoiries des Blondel, sieurs de Saint-Aubin, étaient, selon certains, « d’azur à quatre soleils d’or », et, selon d’autres, « d’azur à trois soleils d’or, 2 et 1 ». Le fief des Saint-Aubin était dans la vallée de Lillebonne et relevait de Tancarville.

Ce savant a exposé avec clarté et grande compétence tout ce qui concerne le pilotage. Il a travaillé à améliorer les méthodes usuelles, et même il s’est ingénié à en découvrir de nouvelles. Blondel combattit vigoureusement la routine qui de son temps était un grand obstacle aux progrès dans l’art de naviguer. Il ne gagna pas sa cause car, malgré le soin qu’il apporta dans la préparation de ses ouvrages, les pilotes continuèrent à suivre leurs anciens errements. Pour les entraîner à l’étude de la science nautique, Blondel leur répétait qu’on n’était pas bon pilote si on n’opérait pas par les sinus et les logarithmes.

(Réf: A. Anthiaume, « Evolution et Enseignement de la Science Nautique… », Paris, 1920, 2 vol. in-8°).